Abraham Poincheval (né en 1972 à Alençon, vit à Marseille, représenté part la Galerie Semiose) est un explorateur insatiable. Qu’il s’agisse de traverser les Alpes en poussant une capsule qui lui sert d’abri, de s’enfermer une semaine dans un rocher ou de marcher sur les nuages, ses expéditions – itinérantes ou statiques – nécessitent un engagement total du corps. Les sculptures habitables que l’artiste conçoit sont des laboratoires au moyen desquels il fait l’expérience du temps, de l’enfermement ou de l’immobilité. Elles sont l’enveloppe qui accueille le performeur, l’objet qui perturbe le paysage et qui existe à travers les récits des témoins.

Artiste associé


À l’occasion des Jeux Olympiques de Paris 2024, dans le cadre du parcours Les Victoires Abraham Poincheval habitera son œuvre La Bouteille, commandée par Plaine Commune dont la production est déléguée au cneai = en partenariat avec Ilotopie du 25 juillet au 3 août 2024. Elle s’étend sur 580 centimètres de long et 190 centimètres de diamètre et devient cet été un véritable vaisseau, puisqu’elle sera pour la première fois mise à flot et habitée par l’artiste sur le canal Saint-Denis, au moment des Jeux Olympiques de Paris 2024. Positionnée en face du Stade de France, elle permettra à l’artiste d’observer depuis le canal le spectacle de la flamme olympique. Pendant dix jours, il se tiendra en marge du quai où passeront habitant· es, flâneur· ses, supporters et touristes intrigué·es.

Habitué des pratiques extrêmes, Abraham Poincheval fait écho aux notions d’enfermement, d’isolement et d’immobilité, s’ouvrant au voyage méditatif et questionnant la résilience des corps ainsi que leurs interactions environnementales. Ainsi embouteillé, Abraham Poincheval s’entoure du minimum vital – eau, vivres, nécessaire de secours et commodités - et d’un écosystème végétal faisant de l’habitacle à la fois un jardin, une serre, une chambre à coucher, une cuisine, un salon, une salle à manger, des toilettes sèches. Il y reconstitue les conditions d’une vie possible, singulière et rudimentaire. L’expérience de La Bouteille reprend les notions de performance et d’endurance pour les questionner : dans une société survoltée aux modes de vie intensifiés, l’immobilité n’est-elle pas un effort remarquable, un objet potentiellement politique, une performance d’abnégation ou de maîtrise de soi ?

L’œuvre d’Abraham Poincheval permet, en cette année olympique, de mettre en lumière de façon paradoxale l’immobilité. Alors que le sport et la performance sont au centre des préoccupations, le temps de la performance invite les publics à s’arrêter pour observer l’expérience de l’immobilité, de la résistance des corps, pour créer ou critiquer notre rapport au monde. L’immobilité est vécue par les habitant·es de la Seine-Saint-Denis, placé·es au cœur de cette manifestation mondiale à laquelle ils et elles participent de manière détournée et participative. L’immobilité s’investit chez les spectateurs·rices olympien·nes arrêté·es dans leurs déplacements frénétiques par l’intrigue de l’immobilité comme choix. L’absence de mobilité des corps, éléments éminemment politiques, permet une posture de mise à distance, depuis une forme plastique et physique a priori pas si simple à exercer dans son contexte sociétal.