Anousha Mohtashami est née en Iran en 1998. Elle vit et travaille en région parisienne. Elle est diplômée de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris. Son travail, publié dans Censored magazine et exposé au Palais des Beaux-Arts de Paris ainsi qu’à la Fondation Cartier, explore les intersections entre la matière, la mémoire collective et les rituels sociaux.
Les Corps Diaphanes
Dans son mémoire de second cycle soutenu en 2023 aux Beaux-Arts de Paris, Anousha Mohtashami, sous la direction de Mimosa Echard, propose une réflexion audacieuse sur les marécages. Intitulé Swampcore, réenchantement dans l’obscur et éthiques marécageuses, ce projet interroge les dynamiques patriarcales et extractivistes qui ont historiquement mené à la destruction des zones humides. En opposition à la vision dominante, Anousha Mohtashami invite à réimaginer ces territoires comme des lieux de symbioses inter-espèces, de contre-pouvoirs et de luttes écologiques. Elle établit des liens entre les écosystèmes des marais et les théories des queer studies et de l’écoféminisme, notamment celles d’Astrida Neimanis et Donna Haraway, en soulignant leur potentiel à défier les dualismes et à réorganiser les relations sociales et écologiques autour de la porosité et de l’interconnexion.
Le projet Les Corps Diaphanes propose une vision fantastique des marécages, librement inspirée d’archives visuelles et textuelles de ces espaces en mutation ou en disparition. À travers une vidéo 3D d’esthétique scientifique, une cartographie mouvante dévoile la diversité des formes de vie (plantes, animaux, bactéries, etc.) qui peuplent ces milieux. Les paysages sont dominés par des entrelacs de mycélium, métaphore d’un réseau interconnecté, où les échanges entre espèces s’organisent de manière invisible mais vitale.
Une narration fictionnelle, une épopée des marais écrite par Romain Noël, accompagne cette immersion visuelle. Ce texte sera présenté sous la forme d’un objet imprimé, accompagné d’œuvres sculptées en verre et en latex, offrant ainsi une expérience multisensorielle de ces territoires marginaux, mais essentiels à la compréhension de notre monde.
Résidence Métiers d’art & Design 2025
Durant la résidence sur la Maison Flottante, la relation au territoire s’est construite à travers une observation patiente des seuils - entre l’eau et la terre, entre le vivant et sa dissolution. Avec Pierre Guais mon collaborateur, nous avons collecté et archivé des fragments de ce milieu : végétaux, insectes, algues, nénuphars. Ces formes, photographiées, scannées, puis transposées en 3D, composent une grammaire visuelle issue du marécage.
Le projet se développe comme une étude des interrelations entre le végétal, l’animal et le minéral, où chaque organisme se définit par sa transformation. Suivre l’éclosion puis la décomposition d’un iris, observer les matières en mutation, revient à interroger la continuité des cycles et la porosité des états.
En parallèle, le travail du verre au chalumeau - matériau à l’origine scientifique -devient un prolongement de ces observations : un langage formel pour traduire l’instabilité et les hybridations du vivant. Ces expérimentations esquissent l’idée d’une bibliothèque des formes et des comportements propres aux zones humides, pensée comme archive sensible et spéculative de la marre. Plusieurs formes végétales et insectes observés à Pose trouvent aujourd’hui leur prolongement dans Les Corps Diaphanes, où ils se recomposent en créatures translucides, hybrides, à la frontière du réel et du spéculatif.
Partenaires
Anousha Mohtashami est invitée à la Maison Flottante en juin 2024 pour une résidence de recherche et de création. Elle y développe un projet d’installation vidéo intitulé Les Corps Diaphanes, co-produit par le cneai= et l’EUR ArTeC.