Audrey Couppé de Kermadec est un·e journaliste, écrivain·e, artiste et performeur·euse né·e à Paris en 1992. Iel vit et travaille à Paris. Originaire de Guadeloupe et de Martinique, la pratique transdisciplinaire d’Audrey Couppé de Kermadec combine le dessin digital, les textes, les photos argentiques, les pistes sonores oniriques, et les photomontages. Son travail brosse des récits issus de références religieuses, de rituels ancestraux, de la tradition orale du conte créole et des symboles liés au rêve. En 2023, iel co-fonde le collectif SMAC, aux côtés de Daisy Lambert et de Priscilia Adam, dédié à la santé mentale dans l’art contemporain. Iel a fait partie des lauréat·e·s du Prix Utopi·e 2023 et est résident·e à Artagon Pantin (2024-2026) et Pot Kommon. Iel a, entre autres, collaboré avec la Fondation Pernod Ricard, les Magasins Généraux, le Palais de Tokyo, la Boule Noire, la galerie Praz Delavallade (Paris), la galerie Encooore (Biarritz), le Volta XL (Bruxelles, Belgique) ou encore La Fête du Slip (Lausanne, Suisse). Son premier recueil illustré, Prier dans l’intestin du monde, paraît le 7 mars aux éditions Trouble. Iel est actuellement en résidence à Pot Kommon (Mains d’oeuvres, 6B, Villa Mais d’ici, Les poussières) pour interroger les héritages coloniaux, les logiques d’exploitation et les formes de résistances souterraines qui se nichent dans les espaces marginalisés que sont les mangroves et marais. Ses pratiques combinent la peinture, la poésie, la vidéo et la performance avec lesquelles iel explore des formes alternatives de rébellion et de soin inspirées du non-humain et des pratiques magico-religieuses des Antilles.
Projet Résidence
Ce projet de recherche-création explore l’eau comme archive vivante, agent de résistance et espace de réparation, à partir des rivières et canaux de Seine-Saint-Denis. Il s’intéresse particulièrement aux endroits où l’eau ralentit : méandres, bras morts, zones de stagnation, obstacles naturels ou introduits par l’humain. Ces lieux deviennent des métaphores et des espaces concrets de filtration, de fuite, de traversée et de transmutation.
Dans les sociétés antillaises, le bain démarré est un rituel de purification et de guérison qui engage l’eau comme médiatrice entre les corps, le vivant et l’invisible. Les rivières y sont habitées par des figures telles que Mèt Dlo / Manman Dlo, capables de purifier, réparer et protéger. En France, les sources, fontaines et rivières sacrées, ainsi que les figures folkloriques des ondines, nixes ou fées des eaux, attribuent à l’eau un rôle similaire de soin, de passage et de médiation avec l’invisible. Autrefois, on y lavait le linge et les enfants y faisaient la corvée d’eau avant l’école. Après le lavage, les vêtements étaient étendus sur l’herbe au bord de l’eau, et l’on patientait à l’ombre des arbres, dans une forme d’attente rythmée par la lenteur du séchage. Ce geste ancien, presque chorégraphique, inspire une métaphore du repos et du soin : comme le linge qui sèche, les corps peuvent s’abandonner à une immobilité transitoire, attentive, propice à la régénération.
En mettant en dialogue ces traditions, le projet propose de réintroduire la magie, le sacré, la lenteur et le collectif dans le discours scientifique, notamment autour des questions de pollution, de contamination et d’injustices environnementales. La contamination de l’eau, qu’il s’agisse du chlordécone aux Antilles ou des métaux lourds et polluants présents dans la Seine, le canal de l’Ourcq ou la Marne, est ici envisagée comme une archive des violences coloniales, industrielles, sociales et environnementales. L’exploitation économique et coloniale laisse des traces durables sur les corps et les territoires. La lenteur de la purification, qu’elle soit écologique ou rituelle, devient essentielle pour restaurer une relation régénératrice avec l’eau. Cette démarche fait écho à la volonté de compléter les approches techniques de l’eau par des récits sensibles, culturels et situés, capables de transformer les imaginaires liés aux enjeux environnementaux.