Pourquoi et comment montrer le patrimoine livresque ? Exposer le livre, est-ce imposer l’ennui ? Quels enjeux et quelles méthodes pour une muséographie de l’écrit ? Telles sont quelques unes des questions familières que pratiquent les responsables d’expositions, conservateurs de bibliothèques ou de musées dans le domaine du livre et de l’imprimerie. 
Grandes bibliothèques généralistes ou bibliothèques spécialisées, musées, maisons d’écrivains ou lieux virtuels, etc., la diversité des lieux d’exposition du livre est grande et la diversité des collections plus encore. Dans ces lieux d’érudition où les livres sont souvent vieux, c’est sans surprise qu’émergent de-ci de-là des projets qui se posent la question (ou le problème) de leur exposition, de ses moyens muséographiques. Le livre n’y est exposé que seulement s’il a une légitimité et suivant deux critères essentiels, qui, si c’est possible doivent s’additionner : la légitimité historique et la légitimité patrimoniale. La signification de son exposition réside là. La valeur visuelle est elle un critère qui n’est pas écarté mais qui s’ajoute dans un second temps.
Le propos principal du projet Open Books est tout autre. Il s’agit de questionner l’exposition du livre considéré principalement comme objet ou support visuel, et sa représentation / traduction dans le support livre lui-même. En effet, une partie de l’ensemble des livres choisis sont des publications qui ont pour sujet le livre, ou sont des catalogues d’exposition sur le livre, ou sont encore, des expérimentations formelles sur l’objet livre. 
La mise en forme de cette interrogation que cristallisent les expositions Open Books l et ll se déploie de préférence dans un contexte artistique, avec ses modalités d’exposition et une permissibilité qui lui sont propres.

Open Books l

Une première occurrence du projet, tenue à Londres au Royal College of Art en février 2011 par ses initiatrices Charlotte Cheetham et Sophie Demay, curatrices dans le domaine du design graphique, développe cette ambition en présentant une sélection de livres dans une installation associant un accrochage mural et un espace de lecture.
Dans cette installation intitulée Perpetual Proposal, chaque livre consulté est ensuite déposé dans un meuble prévu à cet effet. Les visiteurs sont invités à marquer les double pages qui les intéressent, celles-ci sont alors reproduites et compilées quotidiennement dans un compendium qui intègre l’ensemble des livres exposés.
Un libraire différent chaque jour est présent sur les lieux, sa tâche est d’introduire le projet et ses livres mais surtout d’imaginer un procédé de circulation des livres au sein de l’exposition.
Le principe de Perpetual Proposal , conçu par les artistes Fay Nicolson et Oliver Smith, est contenu dans un jeu d’instructions écrit par eux, et constitue leur participation à l’exposition en tant qu’artistes.

Open Books I – Royal College of Art / Hockney Gallery, Londres – 21-27 octobre 2011