Sous l’intitulé Living Archives, c’est un programme d’enseignement ambitieux comprenant recherche théorique, production artistique, expositions, performances et édition d’un ouvrage collectif qui est proposé par l’Ecole des beaux-arts d’Angers, à tous ses étudiants et au public extérieur. Le programme implique de nombreux artistes, des historiens de l’art et des étudiants au sein d’un partenariat entre l’Ecole des beaux-arts d’Angers et le San Francisco Art Institute. Il est conçu et développé par Renée Green, Sébastien Pluot et Raphaël Zarka.
La collaboration du Cneai consiste dans le prêt d’un ensemble significatif de pièces de sa collection d’éphéméras, directement choisies par les étudiants et utilisés par eux.

Articulant théorie, histoire de l’art et réalisations, Living Archives entreprend une réflexion sur la pratique de l’archive, du document écrit et visuel dans l’art contemporain, sur l’œuvre d’art considérée comme document et l’histoire de l’art comme archive. Son arrière-plan artistique et théorique s’arrime aux avant-gardes historiques avec notamment Dada, Duchamp et Heartfield, ainsi qu’à Fluxus, l’art conceptuel, le Land Art ; et dans une bien moindre mesure au courant postmoderne dit « appropriationniste ».

L’art comme moyen de connaissance

L’art conceptuel qui s’est distingué par ses nombreuses audaces, ses quelques propositions inaugurales, une désinvolture à l’égard des frontières disciplinaires, et surtout par la révolution méthodologique opérant en son sein, a profondément bouleversé les conceptions de l’art.

Si la reprise visible depuis deux décennies de ses formats, procédures, méthodes et de l’interdisciplinarité, lui confère une nature de fantôme, force est de constater plus qu’un effet d’écho mais une résonance qui tient probablement dans son pouvoir nouveau de transmettre la proposition de penser l’art comme moyen de connaissance.

Usage de l’histoire de l’art, pratique de l’archive

A travers la réapparition d’un univers formel, de ses configurations où s’agence le document, certaines des œuvres actuelles montrées dans Living Archive élaborent un espace de reprise critique et inventif des formes de l’art conceptuel. Elles font voir que les très jeunes artistes ou des artistes plus expérimentés, ne reprennent jamais les motifs d’un passé de l’art sans les investir d’un sens nouveau. Ici la fiction peut se mêler à l’aspect documentaire, comme dans les œuvres de Renée Green.

Si la fonction du document se laisse facilement deviner – outil à configurer, il aurait en plus une valeur immanente directement perçue par le spectateur – son statut est en revanche difficile à cerner. Quant à l’archive, c’est moins une notion et plutôt un champ qu’elle dessine, un champ culturel qui déborde de beaucoup les frontières de l’art, ou celui d’un imaginaire. Elle peut aussi être confondue avec la « source ».

Plus largement, et en abandonnant un instant Living Archives, il faut redire que l’archive s’est imposé comme matériau artistique susceptible d’ouvrir des possibilités de relations avec le savoir historique. Le film et la photographie, renvoyant par leurs caractéristiques informatives, à la connaissance historique, à son intelligibilité, se sont imposés comme les médias neufs et privilégiés de ce tournant de l’art contemporain. Tournant qui a d’ailleurs tout l’air de faire fi de l’existence et de l’importance de la question chez les historiens de l’utilisation des images d’archives en histoire, indissociable de celle de l’utilisation d’autres types d’archives, écrites ou orales.

Passion de l’archive et reflux du présent ?

La passion d’un passé de l’art ou d’un art connecté au passé ne reflue pas forcément le présent. Elle peut aussi le ramener à lui. Et au goût du document, de l’archive chez les artistes, s’ajoutent tout autant ceux du témoignage ou de l’enquête. Soit, la présence fréquente du modèle à la fois historiographique et policier de l’enquête (traces, pistes, indices, investigateur et témoin).

Pour certains des artistes figurant dans Living Archives, l’histoire de l’art est un milieu d’intervention rétroactive : le temps déploie les paysages d’une mémoire artistique dont certains reliefs sont choisis pour être « réactivés ». Ces « réactivations » offrent un travail d’interprétation qui pour s’accomplir isole dans un premier temps les œuvres des continuités de toutes sortes dans lesquelles elles sont prises. Au-delà d’un statut assumé de « répétition différentielle », elles montrent aussi une articulation (possible ou pas) entre passé, présent et futur. Leur propre expérience du temps.

L’exposition s’est déroulée du 23 février au 26 mars 2008 à l’Ecole des beaux-arts d’Angers (ESBA), et au San Francisco Art Institute (SFAI) du 16 au 24 novembre 2009.

Un site rend compte de ce programme : www.living-archives.com

Plus d’informations sur les expositions Living Archives ici.

Plus d’informations sur la collection FMRA.